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Une interview avec...
Joël Foulet

Deuxième Édition

Prix spécial pour Maître et Serviteur

Co-réalisé avec Hugo Lanchon-Armand

Quel est votre parcours ?

C’est toujours complexe. Moi j’ai fait des études de langues au départ, un LEA à la Sorbonne. C’est comme ça que j’avais entendu parler du FNCME. D’ailleurs, j’avais un peu fréquenté TéléSorbonne à l’époque. Après, j’ai fait un contrat de qualification, spécialisé en montage. Je viens de la postproduction, c’est mon cœur de métier au départ. J’ai monté pas mal de films, de documentaires plutôt, après j’ai donné des cours, j’étais formateur sur logiciel.

 

La réalisation, c’est pas tant que j’ai arrêté, mais pour passer à l’étape d’après, il fallait beaucoup d’abnégation, c’était long. Je me suis demandé si c’était vraiment mon truc. Je vivais du montage, la réalisation j’ai laissé ça de côté. J’ai écrit un bouquin. J’étais davantage tourné vers l’écriture. Et puis je m’y suis remis y’a près de huit-dix ans, j’ai eu envie de refaire des projets audiovisuels. Je suis reparti avec un projet qui s’appelle « Petites Musiques de Trains ». Je prenais un train et je partais à la rencontre de musiciens, j’en ai fait une série. J’ai recommencé à faire des films, maintenant je fais plus que de la réalisation, je fais le montage aussi de mes propres films. J’ai fait un documentaire de 52 minutes, avec le même principe de prendre un train et de partir à la rencontre de musiciens. Je viens de faire un autre film documentaire en Guyane.

Maintenant je suis encore à un autre tournant, je laisse de côté la réalisation audiovisuelle pour me consacrer aux contes. Une autre bifurcation mais tout se rejoint plus ou moins dans ma tête. Je ne passe pas par l’écrit. J’habite à Marseille : je raconte à Marseille dans plein d’endroits, qui accueillent ce genre de spectacles, avec un musicien, qui a d’ailleurs fait la bande originale d’un film que j’ai fait en Bolivie. On collabore et on propose un voyage avec des histoires. Le conte est en relation directe avec le public. C’est un spectacle sur la Méditerrannée. J’ai l’impression d’être à ma place.

Quels souvenirs gardez-vous du festival ?

Ah ouais c’était énorme. Mon film, c’était l’adaptation d’une nouvelle de Tolstoï. Ça se passe en 1880 dans l’Oural dans la neige. On s’est lancés là-dedans, c’était fou, j’étais en co-réal. Hugo avait mis toutes ses économies dans le film, moi j’avais acheté une caméra, une VX 1000, 10.000 francs. Un tournage épique. On est partis dans les Alpes, une petite équipe, on avait tourné ce film, un film que tu tournes pas normalement quand t’as 20 ans. L’ambiance était étrange, très Tarkovsky, des plans fixes dans un court-métrage de 20 minutes. On a tourné en russe. Quand on a gagné ce prix, c’était fou. Le jury a peut-être été sensible à cette espèce d’ovni.

On a participé à deux festivals avec ce film : le FNCME et le Festival d’Autran à Grenoble.

Le prix, comme souvent, c’est totalement inattendu. Vu le film que c’était surtout… Je me souviens très bien que le film qui a gagné c’était l’opposé, un film de 5 minutes ultra punchy. Deux salles, deux ambiances, deux styles totalement opposés.

 

C’est quoi le court-métrage, pour vous ?

C’est l’occasion de faire des choses, de faire, de fabriquer. Pour faire du cinéma, ou de l’audiovisuel, il faut faire des films. Aujourd’hui la technique, c’est plus un obstacle, beaucoup moins qu’à l’époque. J’en ai rencontré plein des gens qui ont des idées, des super idées, mais qui font pas.

 

Je le vois encore aujourd’hui, avec mon aventure de contes, je suis dans un moment où je retrouve la fraîcheur que j’avais quand je faisais des films pour la première fois. J’expérimente, je raconte, j’y vais. Je me fais mon expérience. C’est assez frais. Et en plus là maintenant, je sais ce que ça fait d’avoir eu cette fraîcheur, donc je l’apprécie encore plus. Quand on fait des films pour la première fois, on sait pas que c’est frais. J’apprécie encore plus avec cette deuxième première fois.

Le fait d’avoir fait ce film, par rapport à l’expérience que c’était, ça m’a donné le sentiment que c’était possible, que je pouvais faire des choses comme ça. Ça donne la confiance, et ça c’est la base pour tout.

Dans toute forme de chose qu’on réalise, la confiance en soi c’est ce qui permet de donner le meilleur de toi-même. Ce film qu’on a fait, le prix qu’on a gagné, c’était un peu une pierre dans cette construction-là.

 

Quels conseils donneriez-vous à un.e jeune réalisateur.trice ?

Tu veux faire des films, il faut expérimenter, il faut faire. Peut-être que tu découvriras comme moi que ton truc c’est pas tant la réalisation. Mon conseil c’est de faire, non pas seulement pour faire des films, mais pour se trouver soi. Surtout à cet âge-là, tu es encore en construction, tu peux être influencé. Est-ce que c’est vraiment ton truc de faire des films ? Il faut faire pour savoir qui on est, et après tu peux décider « ça c’est moi, ça c’est pas moi ». Il faut arrêter de se dire « j’ai une super idée », fais-le, tu verras bien si ça marche ou pas, et dans tous les cas ça va te construire.